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Que faire de ses photos ? 2/2

grer et exploiter ses photos

 

Par Daniel Hennemand de la société Edillia, la régie numérique des entreprises et animateur du blog www.photogestion.com/blog

 

II GESTION

Denis Falck : Quelles sont les informations contenues dans la photo ?

Daniel Hennemand : Autrefois l’image était envoyée par satellite par les reporters à leur rédaction et pour sécuriser la légende, le copyright de l’auteur, le titre du reportage, le lieu et la date attachés au fichier, a été créé le standard « IPTC » (International Press Telecommunications Council).

La prise de vue numérique amène donc une révolution car les images contiennent maintenant ces informations de même que l’heure de la prise de vue à la seconde près et bientôt la généralisation de la géolocalisation. On peut également connaître l’ouverture du diaphragme, la distance focale, si la photo a été prise au flash ou non. Ce sont les données dites « Exif » (Exchangeable Image file Format) qui sont cette fois générées automatiquement par le boîtier et peuvent être paramétrables.

J’ai donc la possibilité de véhiculer mes images avec les informations qui signalent l’auteur, identifient mon document numérique, commentent l’image et je peux ainsi donner aux destinataires les moyens de me contacter et de m'acheter cette image. Ces métadonnées sont donc des informations enregistrables pour identifier l’auteur et sécuriser ses droits.

DF : Pouvez vous nous expliquer comment font les entreprises pour exploiter leur fonds ?

DH : Le résultat est extrêmement divers et inégal dans la sophistication et l’efficacité des processus. Les méthodes sont très variables en qualité en fonction du budget et de l’intérêt porté à cette problématique. Les entreprises s'intéressent peu ou pas à l’archivage de leur histoire et à l’efficacité de leur communication visuelle au quotidien que ce soit sur un outil intranet, vers les éditeurs ou vers la Presse.

En fait les entreprises et les particuliers ont la même articulation, le même souci de pérennité, avec des degrés de sophistication des outils divers et le souci d'aller vite, ce qui est nouveau. Aujourd’hui l’implication dans les réseaux sociaux impose une forte notion de rapidité et la nécessité de partager immédiatement.

DF : Quelle est la méthode la plus fiable pour pérenniser un fonds photographique ?

DH : Le paradoxe est cette dualité entre le caractère intangible de l’image que nous avons évoqué au tout début et les possibilités de sauvegarde qui sont énormes. Que ce soit en ligne chez les hébergeurs ou en multipliant les supports tels que les CD (de préférence aux DVD) ou les disques durs externes, si possible à mémoire flash sans pièce mécanique, en exploitant les automates intégrés tels que Time Machine sur Mac … mais les risques d’incendie démontrent les limites de certains de ces systèmes.

Paradoxalement refaire des albums de famille pour re-matérialiser l’image et garantir sa transmission aux jeunes générations redevient finalement une solution d’avenir !

DF : Pour les supports qui restent numériques, faut il multiplier les méthodes de sauvegarde ?

DH : L’idéal serait la sauvegarde automatique … Aujourd’hui il existe en effet des cartes mémoire qui transmettent par wifi les photos à l'ordinateur directement depuis le boîtier. On pourrait alors imaginer que de la même manière les images puissent être envoyées chez un prestataire d'hébergement via votre box téléphonique pour éviter de le faire soi même. Mais la condition est de rester capable d'entretenir ces fichiers afin d’éviter d'oublier ce que l’on possède.

Sur les réseaux sociaux l’image est dégradée par son niveau de compression donc on ne peut pas compter sur ce système pour la pérennisation ni même le tirage. Il n’y a donc pas de solution unique, robuste dans un monde en mouvement, il faut jouer en effet la redondance. Les professionnels de l’archivage savent que quelque soit le support il faut écrire et noter le processus pour retrouver où sont les photos de façon à ce que leurs successeurs les retrouvent et que la mémoire soit préservée …

DF : Quelle est la clef de l’archivage ?

DH : Il est primordial de comprendre qu’il n’y a pas d'archivage ni de conservation sans notion de surveillance car les documents sont instables. Mes images sur CD Rom par exemple, doivent être régulièrement vérifiées (chaque année) en lecture et j’en visualise quelques unes statistiquement pour percevoir lorsque la qualité se dégrade. C’est d’ailleurs vrai pour sa collection de tirages également.

Il est important de même d’écrire le processus de sauvegarde pour savoir en permanence où est l'information. Je conseillerais de ne pas se reposer sur un outil qui gère vos données comme une boîte noire, mais plutôt d’utiliser les outils archaïques de gestion de fichiers qui ont le mérite de garder leur visibilité.

DF : Pouvez vous donner des conseils pour la sauvegarde des tirages?

DH : Pour les imprimantes personnelles, la technologie au laser reste moins efficace que celle au jet d'encre. Les laboratoires en ligne produisent généralement des tirages argentiques plus stables dans le temps. Autrefois le tirage en noir et blanc pouvait être conservé un siècle. Aujourd’hui les matériaux, même s’ils bénéficient d’énormes progrès, ont une durabilité plus limitée et on peut les assimiler à une aquarelle ou à une collection de papillons.

Il faut d’abord prendre en compte le phénomène de l’insolemment qui est l'agression des colorants par la lumière. Il est par conséquent nécessaire de limiter l’exposition à la lumière, les dessins sont par exemple soumis à une lumière de 50 Lux maximum dans les musées.

Les notions de température et d'hygrométrie moyenne sont également essentielles de même que leur stabilité : il faut surtout éviter les chocs thermiques.

Les négatifs quant à eux doivent rester à plat, sans être trop comprimés, dans des boîtes conservées à l'horizontal en évitant cave et grenier. Il y a une véritable difficulté à conserver correctement au gré des successions et des déménagements. Il faut donc y prêter attention, considérer ce patrimoine précieux dans le temps et éviter que la « chaine de conservation » en quelque sorte ne soit rompue !

 

III EXPLOITATION

DF : Peut-on gagner de l'argent avec ses photos ?

DH : Nous vivons dans un monde en perpétuelle évolution, les outils et leurs usages changent de même que les comportements. Au niveau de la création les outils sont parfois les mêmes pour les amateurs et les professionnels. Ensuite, les éditeurs utilisent des images et les exploitent en rémunérant l'auteur.

Auparavant, les professionnels étaient moins présents sur la toile dans le but de se protéger et d’éviter de se faire spoliés. L’amateur dispose désormais d’outils pour valoriser ses photos et bénéficie du même vecteur de visibilité qu’un professionnel. Il a été surpris de pouvoir vendre ses photos en les soumettant d’un simple clic. Il existe donc aujourd’hui une concurrence entre amateurs et professionnels pour les illustrations.

Cela s’est cristallisé lors de l’initiative de Getty Images qui a consacré des ressources à partir de 2009 pour sélectionner le meilleur des images amateur de Flickr, plate forme sur laquelle un bouton est également intégré pour soumettre ses images à l’agence professionnelle …

Objectivement néanmoins le monde de la photo est un monde qui souffre car les professionnels se font doubler. Il existe même sur Flickr par exemple le système des « Creative Commons » pour formaliser les conditions d’exploitation : chaque photographe peut accoler à son image une déclaration d'intention concernant sa photo : je veux bien que tu utilises éventuellement cette image pour une pub, à la condition soit de me citer, soit de me rémunérer. On a ainsi intégré des outils d'expression juridique alors que les photographes avaient du mal à se défendre en tant qu'artistes.

Aujourd’hui on formalise l'exploitation comme des professionnels. Le numérique a bouleversé des modèles et donné la possibilité d'accompagner un document d'information comme le titre, la légende etc ... donc l’image numérique peut être véhiculée et être partagée, elle peut faire objet de commerce. On doit pouvoir vous identifier pour vous rémunérer. Si malheureusement vous ne laissez pas d’informations les objets sont anonymes.

Il existe des services émergeants aujourd’hui comme les galeries web pour photographes telles que DarQroom, Joomeo, Jalbum ou SendPhotos par exemple qui permettent de publier, voire de vendre mais tous ne gèrent pas forcément ces métadonnées et restent des solutions propriétaires.

DF : Sur quoi portera votre prochain livre ?

DH : Un approfondissement de la question des métadonnées, la validation de certaines de mes préoccupations et la question de l’interopérabilité des images qui rebondissent d'un univers à l'autre. Elles doivent donc pouvoir être à la fois exploitées par chacun et retrouvées par leur auteur …

"Gérer ses photos numériques : trier, archiver, partager" Daniel Hennemand, aux éditions Eyrolles

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