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L'art et la méthode de la retouche

Dominique-legrand

Par Dominique Legrand, formateur expert en traitement de l'image, démonstrateur et conférencier pour Adobe, auteur d'ouvrages techniques et consultant en gestion et contrôle qualité. Il est également président de l'association Club Photoshop.

Denis Falck : Au delà de la correction des yeux rouges, expliquez nous ce qu’est la retouche dont on entend tant parler ?

Dominique Legrand : Il faut d’abord savoir que la retouche est née avec l’apparition de la photo en 1826. Il s’agissait alors de supprimer les poussières et de rectifier les défauts du cliché directement avec des pinceaux et de la gouache. On en profitait déjà pour atténuer un bouton disgracieux ou redessiner une forme. Vous pouvez le vérifier si vous observez attentivement une exposition d’anciennes photos.

DF : Comment doit on s’y prendre pour réaliser une retouche ?

DL : Le préalable à toute retouche est un diagnostic destiné à identifier les défauts de l’image. Le premier réglage, dit de correction, permet d’avoir une image techniquement correcte pour permettre son exploitation. Il concerne dans l’ordre le contraste, l’exposition, la gradation (c’est à dire la répartition des niveaux de gris dans les tons clairs, moyens et foncés), la présence d’une dominante de couleur et enfin le niveau de saturation.

On passe ensuite à la retouche proprement dite. Tout d’abord en traitant les accidents tels que rayures ou poussières puis en améliorant la qualité de l’image par exemple au niveau des boutons sur la peau, des défauts et des rides dans le cas d’un portrait.

DF : Quel est le secret d’une belle retouche ?

DL : Le secret d’une retouche bien réalisée est de ne pas se voir. En effet, le visage d’un mannequin doit paraître naturel avec un grain de peau toujours présent même si l’on a gommé certaines imperfections.

Certains Directeurs Artistiques de mode insistent sur un style donnant un effet plastique mais c’est dans ce cas un parti-pris. On quitte alors le domaine de la photo pour rentrer dans l’univers de l’image et des effets spéciaux. C’est ensuite sans limite et de nos jours on peut remarquer des peaux qui deviennent complètement lisses, des jambes rallongées, des poitrines gonflées et des cheveux transformés …

Ce potentiel de la retouche ne s’applique d’ailleurs pas qu’au portrait mais concerne également des métiers aussi divers que l’architecture, la médecine ou l’audiovisuel !

DF : Combien de temps peut prendre une retouche en fonction de son utilisation ?

DL : Entre 10 secondes et une semaine (rires) ! Prenons l’exemple d’une montre. Si l’illustration est destinée à une affiche de 4 m par 3 m dans le métro, le cadran peut se trouver agrandi à une échelle de 2 m de diamètre. Avec aussi peu de recul vous voyez en réalité toutes les imperfections naturelles de la surface du matériau métallique. Vous êtes donc tout simplement obligé de passer plusieurs journées à redessiner totalement l’image, qui n’est alors plus une photo …

DF : Toutes les images peuvent-elles être retouchées ?

DL : Oui et non ! Ce qui est fou, c’est qu’avec un codage classique en 8 bits pour une image ordinaire, on peut affecter une palette de 16 millions de couleurs à chacun des pixels de l’image. C’est donc théoriquement sans limite …

On est en réalité confronté essentiellement à deux limites. Tout d’abord une limite technique si la photo est floue. L’amélioration ne peut se faire que par une accentuation du piqué via des effets de micro contraste. Encore faut il qu’il existe des détails à faire ressortir …

Vous avez enfin une limite économique puisque le temps consacré à votre retouche va en déterminer le prix !

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