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Les 20 ans de Photoshop 1/2

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Les secrets de la genèse par Denis Pierre Guidot

Responsable Développement de Marchés Photo et Vidéo Numériques - Adobe Systems France

Denis Falck : Tout le monde a entendu parler de Photoshop mais finalement peu d’entre nous connaissons l’origine de ce phénomène qui fête justement ses 20 ans ?

Denis Pierre Guidot : L’histoire a commencé en 1987 quand Thomas Knoll, pendant sa thèse de doctorat en science informatique, développe un outil baptisé Display destiné à afficher des images en niveau de gris sur des écrans à l’époque en noir et blanc. Son frère John qui était visionnaire avait pour habitude de lui poser des challenges sur la base de problèmes rencontrés concrètement, ce qui a permis à ce logiciel d’évoluer petit à petit, ainsi une de ses premières fonctions était de servir de pilote de scanner. Il a alors été racheté par Adobe en 1988.

Ce qui est devenu Photoshop (Ps) en 1990 n’était pas prévu au départ pour faire de la retouche. La problématique était d’arriver à digitaliser proprement des épreuves papier ou des tirages et de s’assurer que tout soit impeccable. Or à cette époque, chaque développement était spécifique à chaque fabriquant de matériel. L’objectif de Thomas Knoll était donc de mettre au point un pilote de scanner qui puisse exploiter tous les formats de fichiers issus de scanners avant de les réexporter de manière universelle.

DF : Quelle est la force de Photoshop ?

DPG : On travaillait au départ sur des photos en noir et blanc notamment avec un logiciel qui s’appelait Digital Darkroom. Vers 1989 apparaissent les premières cartes graphiques sur Mac ainsi que les premiers écrans couleur. Studio 8 était le premier logiciel à manipuler de manière fine des pixels en couleur, uniquement dans les trois couleurs RVB (Rouge, Vert, Bleu).

Le secret de la démarche suivie par les frères Knoll dès le départ est d’avoir développé un produit en fonction des besoins exprimés par des métiers et non par rapport à la puissance que pouvait procurer l’informatique. Cette puissance a ainsi été mise au service des problèmes rencontrés par les utilisateurs.

En suivant ce qui était véritablement une approche structurée, les fonctions ont évolué étape par étape. L’impression d’un document, par exemple, nécessite une trame spécifique dite offset pour les presses, il faut donc pouvoir convertir le document par rapport à cette trame. De même les contraintes de la photogravure pour l’impression nécessitent de pouvoir traiter les documents avec quatre couleurs en CMJN (Cyan, Magenta, Jaune, Noir). Cela a été rendu possible à partir de la version 2.5 alors que les logiciels de l’époque ne traitaient que des images numériques de façon informatique dans le mode RVB. De même, dans le monde médical, la fonction de Courbe des Niveaux par exemple, permet de faire varier les contrastes et les niveaux de gris pour repérer une fracture ou une lésion à partir de négatifs scannés en haute résolution avec des logiciels spécialisés.

Ps s’est donc imposé en sachant répondre à ce type de problématique métier, indépendamment des capacités informatiques.

DF : Est ce que cela signifie que l’avenir de Photoshop est de se spécialiser pour chaque métier ?

DPG : Effectivement, au départ le logiciel était essentiellement développé pour faire de la retouche d'image et en gérer la photogravure. A partir des versions 7 ou 8 CS nous avons voulu apporter des réponses plus fines en essayant de mieux comprendre les besoins de nouveaux métiers qui s’y intéressaient de manière à leur permettre d’aller encore plus loin.

Dans le version CS2 par exemple, nous avons intégré les pixels rectangulaires ... Il faut en effet savoir que Ps est le logiciel le plus utilisé dans le monde de la vidéo, de la diffusion audiovisuelle et du cinéma ! Pas un film ne sort en salle sans que des images ou des séquences complètes n’aient été retouchées dans Ps, alors que nous avons des solutions vidéo. Vers les années 2000 apparaissent les DVD qui se visionnent sur une télé, ils comportent des menus très graphiques qui permettent de naviguer. Or quand on dessine un cercle dans Ps, il devient ovale sur la télé car suivant que l'on est en NTSC ou en PAL, le rapport Largeur x Hauteur fait que le pixel est plutôt vertical ou horizontal afin de remplir le format. A partir de la CS2, on commence donc à gérer des rapports de pixels vidéo et miracle, un cercle dessiné sur Ps apparaît bien rond sur la télé …

DF : Compte tenu de cette avance pouvez vous encore être rattrapés par la concurrence ?

DPG : Bien sûr que oui ! Il faut être très vigilent car il ne s’agit que de développement et Adobe reste un éditeur informatique de taille modeste par rapport à d'autres tels que Microsoft par exemple qui est 20 fois plus gros. Nous avons en revanche acquis il est vrai une très grande expérience et l’orientation que nous avons évoqué consistant à partir des besoins demeure un avantage constant. Cela fait 20 ans que je travaille pour Adobe et 12 ans que je suis chez Adobe, après quelques années alors que je m'occupais déjà du produit Ps je rencontrais des clients qui pensaient que Ps allait s'endormir tout doucement en raison de l’absence de concurrence, présentée comme vitale. Or on le voit, le Chef de Produit fait un travail remarquable et il reste constamment en veille.

Nous avons un cercle de développeurs dans la R&D qui réalisent des travaux très approfondis sur la façon de traiter l'image numérique et qui développent des éléments qui sont ensuite repris dans les logiciels Adobe qu’ils soient Ps ou Photoshop Elements (Pse) par exemple.

En fait Adobe a créé sa propre concurrence avec Pse et je trouve cela d'une habileté extraordinaire ! Avant, il y avait des produits très grand public tel que PhotoDeLuxe dont le principe était d’automatiser un peu les tâches mais cela devenait rapidement une contrainte. Il y avait également Photoshop Limited Edition qui était un Ps allégé, c'est à dire qu'il fonctionnait avec le même moteur, mais dès qu’on arrivait à du spécifique, un message plutôt décevant indiquait que la fonction n’était pas disponible et qu’il fallait acheter Ps. C'est du marketing assez basique qui ne marche pas en raison de la frustration générée …

Nous avons donc pris le contre pied de cela en tenant compte du fait que chaque boîtier numérique est maintenant livré avec un petit soft pour traiter le fichier numérique, au minimum pour l'ouvrir ou le redimensionner. Il s’agissait donc d’aller plus loin et de réfléchir à ce qu’attendait le grand public qui connaît le résultat attendu sans savoir comment y arriver. Ce ne doit pas être un sous produit mais au contraire un logiciel qui comprenne l’attente, qui fonctionne parfaitement et qui le fasse à sa place. Avec le moteur existant de Ps qui ne cesse d’être amélioré, nous savions que le résultat serait de toutes les façons à la hauteur. Il s’agissait en revanche de l’adapter au grand public avec une interface plus directe et intuitive et de développer des fonctions spécifiques pour le grand public.

Par exemple, quand un professionnel a besoin de sélectionner une partie de l'image pour travailler dessus, il va utiliser des outils spécifiques qu’il maîtrise parfaitement tels que la fonction Masque. Or le grand public ne sait pas ce qu’est un masque, sa demande à lui est de rendre le ciel plus bleu. Nous avons donc développé un outil de Sélection Rapide qu'il suffit de glisser sur les zones qui l’intéressent. Ensuite une fine analyse des pixels permet au logiciel de reconnaître les familles de formes et donc d’adapter la sélection que l’on peut par la suite badigeonner … Cette fonction a été après affinée puis intégrée à Ps dont Pse devient ainsi le laboratoire.

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