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Les 20 ans de Photoshop 2/2

 

Denis

L'avenir de Photoshop par Denis Pierre Guidot

Responsable Développement de Marchés Photo et Vidéo Numériques - Adobe Systems France

 

Denis Falck : Le logiciel de post traitement photo Lightroom ne s'est il pas également inspiré de l'ergonomie de Photoshop Elements ?

Denis Pierre Guidot : L’ergonomie a été effectivement retravaillée dans ce récent logiciel par le rajout de boutons et la simplification des menus. Cela répond au besoin d’une catégorie de photographes professionnels qui viennent de l'argentique car les plus jeunes sont nés avec le numérique et maintenant formés à Ps dès leur école. La réaction de ces photographes face à l’interface et à la gestion des fichiers est alors similaire à celle du grand public. La réflexion est donc commune et la mise en place de Lightroom (Lr) s'est développée conjointement au catalogue de Pse sous Windows, l’aspect professionnel en plus.

On peut schématiser en disant que quelqu'un qui fait de la photo avec un compact sera plutôt orienté vers Pse et qu’un photographe équipé d'un réflex sera plutôt dirigé vers Lr.

DF : Est ce que ce n'était pas également un moyen de lutter contre le piratage ?

DPG : Le piratage est bien entendu la problématique de tout éditeur et dire que nous avons laissé faire est faux, c’est plutôt une manière de légitimer le piratage … Il existe des solutions pour lutter en utilisant un « Dongle » qui est un verrou matériel sous la forme d’un élément extérieur ou maintenant d’un élément électronique. Le problème c’est que cette technologie n’est valable que pour des logiciels en petite série alors qu’il faudrait une infrastructure énorme pour gérer les clients d’un logiciel aussi diffusé. De plus, on s’est rendu compte qu’avec des logiciels trop protégés, c’est finalement celui qui paye qui est le plus pénalisé, soit quand on perd un dongle, soit quand il se casse par exemple le we dans des créneaux horaires où notre service n’est pas joignable. Donc Adobe est à la fois sensibilisé au piratage et au fait que les logiciels demeurent faciles d’utilisation pour ceux qui l’achètent légalement.

Ps est considéré comme trop cher sauf que tout le monde le veut alors qu’il faut le considérer comme un outil professionnel. La solution grand public existe, elle s’appelle Pse et ne coûte que 99 €.

 

DF : Comment est déterminé le prix d’un tel produit ?

DPG : On se trouve confronté dans le secteur informatique à un lourd passif, en effet comme c’est dématérialisé on a l’impression que cela n’a pas de prix. Tenez, vous ne verrez à priori personne sortir d’un magasin en volant un Mac de 2 000 € sous le bras, pourtant on s’autorise pourquoi pas à pirater une solution Créative Suite complète qui peut pourtant valoir 3 000 €. La différence c’est que l’un est dématérialisé, l’autre pas.

C’est un problème de mauvaise conduite générale de l’ensemble du secteur informatique pendant son développement et cela donne la loi Adopi qui tente de sensibiliser les consommateurs.

Concernant le prix d’une mise à jour par exemple, le rôle du professionnel est de comprendre le produit, ses nouvelles fonctionnalités et de calculer le temps gagné pour vérifier si l’investissement est rentabilisé. Si ce n’est pas le cas alors il n’est effectivement pas nécessaire d’acheter la nouvelle version. Ps reste un outil pour réaliser une tâche or dans le domaine informatique, on a un peu trop tendance à courir derrière la nouveauté. Cela peut avoir des conséquences désastreuses lorsque l’on installe un nouveau système sur un moyen de production. Si on fait le parallèle, jamais dans le monde industriel vous ne verriez par exemple un artisan basculer sur une nouvelle machine sans s’être entrainé et avoir mis au point son processus de production en parallèle sur la nouvelle machine avant de l’installer. Si par exemple un représentant passe pour proposer à un médecin la version d’évaluation d’un nouveau logiciel de gestion de sa base client, je lui conseille de la tester sur une autre machine. Personne n’a ce réflex et il y a de mauvaises habitudes dont le piratage fait partie.

Pse est donc une manière de répondre à ce piratage. C’est à dire que l’on va avoir 80% des fonctionnalités dans un produit qui coûte 10% de la version professionnelle et l’on sera plus enclin à dépenser ce montant pour un outil qui nous appartient, dont on a le support et dont on est mis au courant des évolutions.

 

DF : Quelle a été la démarche de Photoshop.com ?

DPG : La démarche est à plusieurs niveaux et débute par une réflexion générale sur ce que pourraient être les logiciels de demain. On suppose en effet que les logiciels seront de plus en plus déportés et nous y travaillons au travers des technologies Flash, Flex et Air.

Il faut ensuite montrer ce que peut être un logiciel déporté par exemple avec Ps car cela parle à tout le monde, puis étudier la rémunération qui en découle. Il est vrai que de nos jours, l’achat d’un logiciel n’est pas adapté pour tout le monde. Mettons que j’ai une production qui tombe, pendant 3 mois je vais avoir besoin de Ps à fond, or aujourd’hui on ne peut pas louer un logiciel.

Demain pourquoi ne pas imaginer que des logiciels déportés soient loués en fonction de leur durée d’utilisation. On peut même imaginer que l’on attache des fonctionnalités à une image et que cette image soit vendue avec des possibilités de modifier certains éléments, toujours sous la forme de fonction déportée. On peut également imaginer qu’un PDA ou un téléphone portable soit vendu avec un abonnement qui intègre des fonctions de retouche, peut être déportées. C’est une autre manière de rémunérer le logiciel et tous les ingénieurs nécessaires à son développement.

Ce modèle économique implique d’accepter d’être dépossédé d’un produit que l’on a eu l’habitude d’avoir et dont on ne veut plus se passer. Aujourd’hui on l’accepte d’un téléphone alors pourquoi pas demain d’un logiciel. La différence étant que l’on trouvera toujours une solution pour téléphoner en cas de défaut de paiement … Il faut donc avoir une réflexion à ce sujet.

 

DF : Est ce l’avenir de Ps ou une démarche parallèle ?

DPG : Ceci reste néanmoins une démarche parallèle car les personnes qui travaillent 8h par jour et qui gagnent leur argent avec Ps auront toujours besoin de l’avoir et d’être indépendantes. En revanche, beaucoup d’utilisateurs me disent n’utiliser que 10% de Ps qu’ils achètent à 100% et l’application déportée peut être alors une solution intelligente pour répondre à cette nouvelle demande du client !

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