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Gérer sa propre image 1/2

Blog Sonia

 

L'objectif face à soi

Par Sonia Fillaud-Dubois Mannequin et psychothérapeute de l'Ecole Parisienne de Gestalt, fondatrice de Miroir-Consulting. Photo de Pierre Turyan.

Denis Falck : Sonia, vous avez été mannequin pendant 20 ans, quelle est l’importance que prend l’image aujourd’hui dans notre société ?

Sonia Fillaud Dubois : Il existe deux courants. Le premier, inquiétant, selon lequel l'image prend une place prépondérante, l’individu se positionnant exclusivement par rapport aux autres et à la mode. Cela peut devenir dangereux, et les plus concernés sont les adolescents.

Mais à l’inverse, l'image peut également être prise de façon positive, sous forme d'énergie (sa lumière et sa force). On peut parfois observer et mesurer au travers des photos comment une personne qui a traversé une épreuve se redresse de nouveau et comment son œil se remet à briller. La photo peut traduire ces évolutions et révéler ses nouvelles convictions.

L’image de la femme « idéale » est perçue différemment selon les cultures. Dans le monde occidental, elle sera libre, sexy voire provocante alors que dans le monde asiatique, par exemple, elle sera l’image de la jeune fille timide et en retrait.

 

DF: Comment expliquer que nous soyons tétanisés par l’objectif, en tout cas les non professionnels ?

SFD : Chacun réagit en fonction de sa propre histoire. L’image que renvoie la photographie est différente de celle que l’on a l'habitude de voir. Quotidiennement en effet, nous regardons notre propre visage dans un miroir fixe, sous un angle connu. C’est donc une image que l’on maîtrise. La vidéo ou la photo en revanche révèlent une multitude de facettes qui échappent à notre contrôle …

C'est comme de s'entendre pour la première fois sur le répondeur : on est surpris par cette voix dont les autres ont pourtant l’habitude mais qui ne correspond pas à celle qui résonne dans notre crâne.

 

DF : Comment se fait il que la personne photographiée soit souvent déçue du résultat quand le photographe est plutôt fier du portrait réalisé ?

 

SFD : Nous sommes extrêmement exigeants vis à vis de nous mêmes. Chacun a quelque chose qu'il n'aime pas dans son visage ou sa silhouette et nous sommes obnubilés par ce que nous considérons comme un défaut, que les autres ne perçoivent pas toujours. La photographie peut avoir fait naître ce ressenti puis l’amplifier en le rendant encore plus évident pour nous. Pour cette raison, ma photo préférée n'est pas forcément en adéquation avec la vision des autres. Il peut également y avoir parfois unanimité sur une photo qui sort du lot car tout y est, l’expression, la lumière, le cadrage … mais c’est souvent le fruit du hasard !, parfois grâce à la multiplication des clichés.

 

DF : Est-il possible justement de prendre une bonne photo et quels conseils donnez vous aux non professionnels ?

 

SFD : Une image qui exprime beaucoup d'énergie est très difficile à réaliser mais avec passion, patience et un zeste de chance tout est possible. On en est alors fier et on se dit : « cette photo elle dégage » !

Le mieux pour le modèle, est d'oublier qu'on est en train de le photographier même si c'est difficile. Il doit s’imaginer un scénario exactement comme travaille un comédien. Il doit intégrer un vécu qui lui appartient, retrouver une émotion qu’il a ressentie pour pouvoir l’exprimer. Par exemple, si je dois être heureuse pendant une prise de vue, je revis le jour de mon mariage …

Pour le photographe, il faut être dans le contact et capter l'attention du modèle pour détendre l'expression du visage. Il faut lui faire oublier l'objectif !

Quand je dois faire un cliché de ma fille je lui parle et j'essaye de voler LA photo par surprise ou à l’inverse je mitraille dans l’espoir de capturer un instant de vérité. Si c’est un autre enfant, j’invente une histoire et j’évoque un personnage …

 

DF : Comment intervient le maquillage ?

 

SFD : Même pour un homme je trouve qu'il ne doit pas y avoir de brillance, que ce soit sur le nez ou sur le front car la brillance déforme. Le maquillage sublime le visage, même s’il ne s’agit que de souligner les yeux avec du mascara. Si le maquillage n’embellit pas, mieux vaut ne rien faire. J’utilise par exemple un anticerne qui fait office de fond de teint dont la matière très fine ne se perçoit pas et qui camoufle toutes les imperfections (petites rougeurs, couperose, boutons…). Ces produits permettent de s'accepter et de s'approprier son visage, malgré les défauts qu’on lui trouve (je n’ai pas assez de lèvres ou j’ai une bosse sur le nez …). Pour le maquillage comme pour la photo le secret est de savoir retoucher sans transformer. L’art du maquillage est de mettre en beauté, sans être vraiment visible. Il est en ce sens très proche de la retouche photo.

 

DF : Justement à ce propos, si le retoucheur intervient sur votre image, est-ce que vous le guidez ?

 

SFD : Si c’est un shooting professionnel, c'est le retoucheur qui choisit et juge ce qu'il doit faire en fonction de la prise de vue et du message à faire passer. Mais s’il travaille pour moi je reste auprès de lui et je l’accompagne dans son travail. Je m’assure en effet qu’il n’y ait pas d’excès et que les expressions ne soient pas lissées sans quoi cela n’a plus de sens : il faut en effet pouvoir reconnaître la personne et la retrouver.

Pour ma part je ne pratique pas la retouche car je n’en ai pas le temps mais ma fille s’y adonne volontiers sur l’ordinateur.

 

DF : Pour un portrait, quelle différence identifiez-vous entre la photo, la vidéo, le dessin ou encore la peinture ?

 

SFD : Certains sont plus doués dans le dessin pour capter l'essence de quelqu'un, on voit le talent de l'artiste avec le fusain … lui aussi va faire passer quelque chose de la personne. Peu importe le support tant que l’expression transcrit une vérité de l’individu surtout au niveau du regard.

 

DF : Que pensez-vous du projet de loi sur la retouche ?

 

SFD : Pour un artiste photographe il est bénéfique d’indiquer si la prise de vue est naturellement parfaite. Mais n’en déplaise aux puristes, il faut savoir que la majorité des photos sont en réalité retouchées. On peut considérer cela comme un excès mais le grand public pousse dans ce sens car il devient également exigeant par rapport aux images. La question est alors de savoir s’il faut le satisfaire à n’importe quel prix. Il faut donc être conscient de cette ambivalence et savoir s’en tenir à ses valeurs.

 

DF : Faut-il conserver sa photo sur les CV ?

 

SFD : Je trouve cela essentiel en se montrant ouvert et souriant. Il est important de voir qui porte ce nom. Mais la tournure du cv est également capitale, l'un ne va pas sans l'autre. Il faut choisir avec rigueur les mots employés pour parler de soi et le peaufiner car le cv parle beaucoup de son potentiel et son objectif est de convaincre.

 

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