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Gérer sa propre image 2/2

Article Sonia 2-2 b

Un objectif pour soi

Par Sonia Fillaud-Dubois Mannequin et psychothérapeute de l'Ecole Parisienne de Gestalt et fondatrice de Miroir-Consulting. Photo Pierre Turyan

Denis Falck : Suite à ces années de travail en tant que mannequin vous vous êtes reconvertie en psychothérapeute. Expliquez nous comment redonner confiance aux personnes au travers de l’image qu’elles reflètent ?

Sonia Fillaud Dubois : Au travers des ateliers que j'organise j'apprends aux personnes à faire le distinguo entre l'image que l’on imagine projeter et celle effectivement perçue par les autres. Il faut être conscient de ce décalage du regard des autres. Cette zone aveugle (que véhiculons-nous inconsciemment ?) présente un potentiel et n’est pas forcément négative. L'expérience commence lorsque l'on entre dans une pièce, la question est de savoir quelle est l’image qui vient naturellement à l’esprit des gens qui ne nous connaissent pas. J’invite une personne à venir au centre du groupe et j'oriente les questions et propose de deviner son parcours professionnel, son lieu de vie, ses passions, ses voyages. Le groupe doit s'exprimer en libérant la parole et l’intéressé peut être touché par ce qu'il ressent comme juste pour lui ou pas. Les questions commencent par «Je vois de toi et j’imagine ...». Les projections appartiennent à la personne et rien n’est plaqué, c’est différent de «Tu es ...». Ce qui est intéressant c’est que dans un même groupe peuvent être décelées une chose et son contraire. Ce qui n’est pas incompatible !

DF : Comment concrètement faire remonter ces perceptions dans ce travail ?

SFD : Il faut être au plus proche de ses ressentis et être à sa propre écoute. Je dois par exemple me demander pourquoi je suis attirée par cette personne sans plaquer d’a priori sur elle et en restant à sa découverte. Mais je ne suis pas devin, je vérifie si mon intuition est bonne.

Je mets ce travail à mon service à chaque rencontre. Je m’intéresse à la personne en face de moi, je crée pour cela du lien, je l’observe, je l’interroge sur ses besoins pour mieux répondre à ses attentes. De faire passer la personne en priorité, m’allège de la caméra fictive que je mets inconsciemment au dessus de ma tête et me permet plus de fluidité dans la relation (le regard le plus dur est souvent son propre regard sur soi-même).

Dans une relation conflictuelle, il est intéressant d’avoir l’envie de la réguler et pour cela, comprendre la co-responsabilité, ouvrir la discussion en communiquant les ressentis de chacun. Il n’y a pas de vérité, il n’y a que du ressenti.

Nous sommes multi-facettes. Aucune, séparément, nous définit et en fonction du contexte, nous allons développer la plus adaptée à la situation présente. Depuis l’enfance dans notre famille, nous pouvons avoir une étiquette qui restera, puis nous évoluons dans un autre milieu avec un regard neuf qui efface ce qui ne nous appartient plus. L’idée est que nous sommes en perpétuelle évolution et que nous devons accueillir toutes nos facettes.

DF : Peut-on évoluer et si oui, quels conseils nous donnez-vous ?

SFD : L'être humain est toujours en devenir mais il faut savoir prendre conscience et tenir compte de ce que l'on entend, de ce que l'on voit et de ce que les autres perçoivent de nous. Petit à petit on va en tenir compte pour s'améliorer en développant notre potentiel parfois insoupçonné. J’accompagne en thérapie des personnes sur du long terme qui ont une évolution phénoménale.

Je suis formée à la «Gestalt thérapie» : je grandis avec l’autre qui apparaît à l’occasion de cette rencontre. «C’est l’art du contact».

Il faut un conseil personnalisé pour chacun. Je privilégie un rapport authentique.

En entreprise, il faut être au plus proche de soi mais en suivant les règles du jeu : parlons le même langage, allons rencontrer l’autre sur son terrain. Il y a des codes (vestimentaire, de conduite), il faut en tenir compte mais en gardant sa personnalité (ne pas oublier d’y mettre une touche personnelle, par exemple un accessoire qui nous relie à notre moi profond). Si le costume renforce mon sérieux par exemple, ok, mais ce qui est important c’est d’investir la posture qui va avec celui-ci.

DF : Comment gérer ce thème de l’image de soi avec les ados ?

SFD : Il faut travailler sur leurs propres photos qui se rapportent à leurs différents univers que sont les copains, les vacances et la famille. Ensuite, il faut leur dire ce qu’ils dégagent en les rassurant et en les valorisant afin de leur donner confiance. Evoquer leurs passions permet de les faire sortir de leur coquille pour les aider dans cette quête d’eux mêmes en valorisant les points positifs.

Mieux vaut éviter de s’opposer à leur façon de diffuser leurs photos car on risque de provoquer l’inverse de l’effet recherché. C’est effectivement dans l’air du temps et ils ne voudront pas se démarquer, exactement comme pour le choix des marques de vêtements. Mais il arrive qu’ils soient extrêmement blessés par des commentaires laissés sur les réseaux sociaux à propos de leur photo. Pour les jeunes, rien n’est anodin et toutes les remarques peuvent prendre une proportion insoupçonnable. On n’est pas à leur place et il faut essayer de comprendre comment les choses sont vécues, dialoguer et vérifier l'émotion qui surgit au regard de l'autre.

DF : Comment gérez-vous votre carrière après toutes ces années vouées à l’image ?

SFD : L’image sublime mais il faut que la vie au présent corresponde à l’image que l’on donne. J'ai donc décidé de rebondir et de devenir psychothérapeute. Pour ceux qui ne rebondissent pas il est vrai qu’il est  difficile de vieillir.

A mes débuts  les autres pensaient que le mannequinat n'était pas un travail, que c’était superficiel. Je me sentais obligée de prouver qu’il y avait quelqu'un derrière l'image. Tout n'est pas résolu dans sa vie lorsque l’on a contrôlé son image. C'est un jeu et il peut y avoir un décalage avec la façon dont les autres continuent de nous percevoir. Je pouvais percevoir la beauté comme un handicap. Les professionnels, dans un contexte de tournage, pouvaient privilégier quelqu'un de moins beau mais à leurs yeux habité, avec du caractère à un visage beau mais qui leur semblait trop lisse.

De nos jours au cinéma on constate un retour à Monsieur et Madame tout le monde. L’important étant que chacun puisse s’identifier au personnage. La beauté et l’intelligence sont longtemps restées antinomiques (la belle blonde ne peut pas être intelligente). Avant il y avait un cliché presque systématiquement négatif, aujourd’hui, il rentre dans la normalité (des femmes à des postes très importants montrent leur féminité et leur beauté) !

Contact : Cette adresse email est protégée contre les robots des spammeurs, vous devez activer Javascript pour la voir. www.miroirconsulting.fr

 

 

 

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